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 Kéramsi, ses copines et les gars du PMU

Depuis des années, je cherche du sens dans un  monde qui se déglingue.

L’œuvre d’art pérenne que l’on pose sur un guéridon, une cheminée ou dans un musée me paraît absurde. J’ai alors exploré la performance et le spectacle vivant pour ancrer mon expression dans le moment présent. Là encore, j’émets et l’autre reçoit. J’éprouvais le besoin d’un vrai partage. C’est en ce sens que j’ai entamé ce travail de portraits sur toile de jute où le modèle est le sujet. Son histoire, sa façon de bouger ou de parler sont enregistrés, filmés. La peinture est un élément complémentaire au portrait. Elle permet l’échange. L’œuvre picturale se place en témoin du vivant. Témoin d’une rencontre.

Témoin d’une époque.

                                                                                                          Robert Kéramsi

Le Projet

Car il s'agit bien d'un engagement de part et d'autres.  Ce  choix de ces portraits des gars du PMU et de ce groupe de  femmes nues debout  est politique.

C'est une volonté de rendre visible,  de rendre hommage, de rendre au monde l'invisible, l'intimité ces chemins de vie. C'est une volonté de revenir à l'essence de ce qui fait un être humain quelque soit son genre, sa culture, son sexe.

D'objets de désirs ou de rejets,  ces personnes deviennent sujets.  Ils et elles parlent des raisons de vivre, de lutter, de se sentir fiers.  Ils et elles se réapproprient leur corps et leur histoire en l'exposant.

Le besoin de raconter de l'artiste rencontre le besoin de se raconter, de mettre en exergue leur besoin vital de vivre, d'égalité, de liberté et de dignité.

La recherche d'une réalité  de ces personnes au service de la recherche du réalisme de l'artiste et de son travail de création, comme un remerciement.

Filmer non pas l'acte de peindre mais ce qui motive cet acte.

Lorsque on entre dans l'atelier "frigo" bordélique de Robert, tous ses grands personnages "sculptures" qui se traînent, s'entassent, s'effilochent nous parlent de l'abandon. On ne peut pas y entrer sans se faire interpeler dans le silence, par l'une ou l'autre.
Le lieu est à l'image de la ville, éloignée de ce qui palpite, éteinte par une misère trop difficile à dissimuler. Et pourtant si on tend l'oreille comme le fait Robert, dans cette ville qui est devenue la sienne, qu'il arpente au petit matin, on entend ce a quoi on ne s'attendait pas; les reclus les exclus les isolés, les à-côtés, nous parlent d'eux, et nous ressemblent.

Robert, un artiste capable de tout mais qui se demande comment/pourquoi produire encore, toujours, et pour qui ?
Est ce que créer, c'est décider ou se laisser prendre ?
Robert entame une nouvelle série de toiles : portraits d'hommes et de femmes fracassés par la vie, qu'il croise le matin au Pmu ainsi que la fresque d'une ribambelle de femmes qu'il veut fières et nues. 

C'est à la faveur de la fabrication de cette série d'œuvres que je veux tenter de rendre compte de son travail et approcher son questionnement. 

En filmant ses modèles et en les écoutant. 

En filmant l'avancée de ses toiles, elles mêmes regardées par leurs modèles, ou par les visiteurs.

 

Robert cherche sa place  et je me demande à quel endroit l'artiste se sent honnête. 

A quel désir répond-il ?

Quelle est la place de l'art dans nos vies ?

 

                                                                                         Célie Alix, Réalisatrice

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